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Failles

La Chaîne des Puys-Faille de Limagne est inscrite depuis 2018 au Patrimoine mondial de l’UNESCO : elle est donc reconnue comme un site géologique exceptionnel. Ce haut lieu tectonique, ou fracture géologique d’extension, est à l’origine d’un effondrement marin dont les sédiments ont donné naissance à une plaine fertile. La faille (« fault line ») est d’abord définie comme une « cassure dans une couche géologique ». Plus largement, ce qui relève de la cassure, de la brisure, de la fente, ou encore de la fissure, peut conduire à une fin irrémédiable ou être au contraire source de renouveau, d’une création de sens. Une catastrophe peut en effet se produire dans le cas où les failles sont des zones de rupture entre deux plaques tectoniques, lorsque les frictions se font trop intenses. Pourtant, ces mêmes lieux exposés sont souvent prisés pour leurs ressources (gisements exploitables, résurgence de sources chaudes ou à forte teneur minérale), et l’homme doit alors apprendre à cohabiter avec la nature. 

En ce qui concerne le rôle des « failles » dans le domaine littéraire, on pense tout d’abord à la faille tragique du héros, à sa ou à ses déficience(s) (« fault », OED, †1.a), qu’il s’agisse du roi Lear ou d’Othello, de Victor Frankenstein, Childe Harold (Lord Byron) ou du capitaine Achab dans Moby Dick, et à l’ambivalence qui est liée à leur caractérisation, puisqu’ils sont à la fois admirables et faillibles. On songe ensuite aux diverses représentations de la fracture entre l’être et le paraître (« I am not what I am », déclare Iago dans Othello), aux manifestations de la faiblesse humaine face à la grandeur divine (Paradise Lost), ou encore aux divisions internes de l’être humain (The Strange Case of Dr Jekyll and Hyde). On pourra aussi s’interroger sur le début des romans, qui commencent tous par une forme de fracture ou par une perte de stabilité. Il n’est pas rare, en effet, que le récit repose sur les failles mémorielles d’un narrateur omniprésent qui se construit un passé mythique ou imaginaire pour mieux manipuler son lecteur. Le thème du congrès 2022, qui se prête par ailleurs aisément à des approches psychanalytiques pour tout ce qui concerne les failles d’ordre psychique, permet également de s’interroger sur les blancs que nous devons combler, ou à l’aune desquelles l’œuvre rappelle qu’elle est une création littéraire : on pense aux failles temporelles qui se manifestent dans un roman comme Frankenstein, censé se dérouler à la fin du XVIIIe siècle, et dans lequel les personnages citent un poème composé en 1816. On analysera également les failles au sens quasi littéral du terme : ainsi, que faire des espaces qui séparent les paragraphes d’une œuvre de fiction ? Voire de ceux qui s’immiscent entre les strophes d’un poème (« simple » respect d’une forme traditionnelle, figuration d’un éclatement, d’une fragmentation) ? S’intéresser aux failles, c’est aussi s’intéresser aux « défauts » éventuels des textes (existe-t-il des « bons » ou des « mauvais » in-quartos des pièces shakespeariennes, marquées par un texte notoirement instable ?) et aux reproches adressés à certaines œuvres. Ces remontrances ont pu être formulées, non sans ironie, par de grands auteurs, eux-mêmes sujets aux attaques parfois acerbes de leurs contemporains : ainsi, dans A Room of One’s Own, Virginia Woolf se montre impitoyable avec Charlotte Brontë qui a, selon elle,  le tort de trop laisser paraître sa frustration et sa colère dans son œuvre. De surcroît, ce que l’on pense être une faille vient parfois se loger dans un dénouement inattendu. De nombreuses questions se posent ainsi sur la fin pour le moins énigmatique et controversée du Measure for Measure de Shakespeare, ou sur les conclusions improbables de Roxana ou de Sense and Sensibility, pour ne citer que ces deux romans. Cela dit, l’idée même de faille est parfois revendiquée par l’auteur. Les congressistes se pencheront sur ces textes qui placent l’idée même de faille au centre de leurs préoccupations. On pense ici à Lignes de faille, de Nancy Huston, d’abord écrit en anglais (Fault Lines) avant d’être traduit en français, ce qui amène naturellement à évoquer des problèmes d’ordre traductologique. Une traduction doit-elle corriger les failles du texte source ? Un texte-cible est-il lui-même générateur de failles propres au texte traduit ? Comment rendre les failles de l’original sans donner l’impression d’une erreur majeure due au traducteur lui-même ? Par ailleurs, d’un point de vue épistémologique, la notion de faille renvoie également à la remise en cause des « grands récits » (master narratives) abordés par Jean-François Lyotard (La Condition postmoderne, 1979) et à la faillite de la vision téléologique de l’histoire. Cette perspective, sans doute trop large dans sa portée culturelle générale, pourra être étudiée dans des œuvres individuelles sous l’angle de la rupture et de la représentation d’une tradition à la fois intégrée et redéfinie dans la littérature postmoderne. Les études filmiques s’empareront de cette thématique pour développer une analyse distanciée des mouvements de redéfinition du classicisme esthétique qui ont marqué l’histoire du septième art, de la Nouvelle Vague au New Hollywood, pour interroger la notion de marge et de norme dans le sillage des travaux de Jean-Loup Bourget, et la relativité historique et formelle de ces notions.

Les failles de la mémoire, sa manipulation, et le souvenir traumatique sont par ailleurs autant de thèmes dont pourront s’emparer les historiens dans la lignée des réflexions de Paul Ricœur dans La Mémoire, l’histoire, l’oubli (2000). La notion de « failles », au sens de défauts ou de faiblesses, a ceci d’intéressant qu’elle permet d’analyser non pas ce qui fonctionne dans la politique, les guerres, ou les stratagèmes diplomatiques, mais ce qui échoue. On pense, par exemple, au mariage raté de l’infante d’Espagne et du Prince de Galles au début du XVIIe siècle, aux diverses tentatives d’accord de paix en Irlande qui, jusqu’à l’accord du Vendredi saint (« The Good Friday Agreement ») en 1998, n’avaient jamais abouti, ou encore aux tentatives avortées de virage politique qui, à la suite de grèves ou de manifestations, ont donné lieu à des revirements retentissants. On songe aussi, bien sûr, au référendum sur le Brexit. Quelles sont les failles qui remettent en cause ou en question une volonté politique forte ? Quelles sont les faiblesses qui font qu’une bataille paraissant gagnée d’avance est finalement perdue ? Quels sont les défauts qui font échouer une politique économique qui semblait pourtant solide et cohérente au départ ? L’une des traductions anglaises du mot « faille », « fault », peut aussi orienter la discussion vers le domaine religieux. L’idée de faute (péché personnel et péché originel, concupiscence) est par exemple omniprésente dans le Book of Common Prayer. À l’intersection du religieux et du politique, la Guerre civile offre l’exemple d’un pays coupé en deux, une faute dont l’ensemble des sujets du roi était responsable, selon ce même Book of Common Prayer entre 1662 et 1859. On peut de surcroît s’interroger sur l’exploitation des failles par les politiciens. À l’heure de la montée des mouvements populistes au Royaume-Uni, en Australie et aux États-Unis, dont les dirigeants exploitent à l’envi les faiblesses de nos sociétés sur des questions d’actualité (la « crise des réfugiés », l’égalité entre les sexes,  les minorités ethniques et sexuelles, etc.), la notion de faille semble particulièrement prégnante. Au final, la faille représente toujours une zone de fracture, celle où les oppositions naissent, se forment, et finissent par sembler insurmontables. Ce sont ces mêmes divisions qui, à l’aube du XVIIIe siècle en Angleterre, opposaient ceux qui avaient des droits politiques et religieux (« haves ») à ceux qui n’en avaient pas (« have-nots »), et qui furent exploitées par deux partis naissants, les Tories et les Whigs. C’est encore l’abîme séparant les fameuses « deux nations » évoquées par Benjamin Disraeli dans son roman Sybil, or the Two Nations (1845) qui a permis au Parti conservateur britannique de justifier certaines politiques interventionnistes durant le demi-siècle (1840-1900) du laissez-faire.  C’est cette fracture dans la société qu’au nom de l’harmonie sociale,  le Parti libéral au début du XXe siècle, puis le Parti travailliste de Clement Attlee (1945-1951), ont tenté d’effacer en mettant en place l’État providence.  Néanmoins, de fortes divisions ont ensuite été rétablies par Margaret Thatcher, qui n’a eu de cesse d’opposer l’underclass à la méritocratie. Aux États-Unis, l’expression political fault line est communément utilisée pour décrire la politique américaine depuis les années 1990. La Constitution des États-Unis fonctionnant sur le principe du consensus, ce que l’on pourrait qualifier d’obstructionnisme entre Républicains et Démocrates a abouti à une crise constitutionnelle telle que le pays n’en avait plus connue depuis la période précédant la Guerre civile, dans les années 1850.  La faille sépare donc bien les cultures, les sociétés, les groupes sociaux, les citoyens, les partis politiques, les idéologies ou encore les nations. On la retrouve déclinée et exploitée à l’infini pour parler de sociétés fragmentées et fracturées.

En linguistique, on identifiera la faille sous différents angles du fait langagier, qui prend pour ressources des unités lexicales et morphologiques, des schémas syntaxiques et prosodiques corrélés à des effets de sens. La faille en tant que cassure sera tout d’abord explorée par la rupture de chaînes syntaxiques protocolaires : on pense aux réagencements syntaxiques comme les structures clivées et pseudo-clivées, les dislocations, ou les extrapositions. Considérée ici comme coupure, la faille ressort du déplacement d’un constituant hors de sa position canonique, inscrivant ainsi les termes « focalisation », « thématisation », ou « topicalisation », au centre de l’étude. La faille peut aussi renvoyer à une anomalie syntaxique ou faire écho aux phénomènes d’ellipse où l’on conçoit un segment manquant tout en étant capable de l’interpréter grâce aux éléments présents, sauf dans les cas où l’ellipse crée une faiblesse dans la procédure de reconstruction d’un sens fuyant. Le thème invite plus largement à s’interroger sur ce que nous percevons comme une absence et que l’on est tenté de combler par diverses stratégies. Vue par le prisme d’une présence idéale, cette notion d’absence peut s’appliquer aux structures ou aux phénomènes où sont postulés des éléments zéro. Ainsi, l’absence d’un déterminant devant un nom dénombrable, de même que l’absence d’un objet derrière un verbe transitif, vont impliquer des stratégies interprétatives visant à compenser le manque d’un élément qui aurait dû être présent. Dans le cadre de ses manifestations acoustiques et prosodiques, la faille sera naturellement examinée en phonétique et en phonologie. On abordera ainsi les phénomènes de rupture de la chaîne parlée par le biais du silence ou des hésitations. Paradoxalement, ces ruptures ont un rôle opposé dans la définition des unités prosodiques ou des périodes intonatives : un silence d’une certaine longueur servira de marqueur de fin de période, tandis qu’une rupture considérée comme une hésitation sera interprétée comme une envie de poursuivre la période intonative en cours. Les failles sont également ces fissures sur une surface qui peuvent être perçues ou non. Les énoncés, justement constitués d’unités linguistiques et alternativement ponctués de silences, font ressortir un message qu’il revient à l’interlocuteur d’interpréter. Le relief interprétatif de l’énoncé permettra aux congressistes d’explorer la faille sur les plans sémantique et pragmatique, questionnant la notion de présupposition et les phénomènes d’implicature. De façon plus large, on s’intéressera à tous les cas qui sollicitent les dispositifs inférentiels de l’interlocuteur, face au malentendu, au « non entendu », au mal dit ou au non-dit, situant ainsi l’allocutaire au centre du processus de reconstruction du sens. Enfin, en adoptant un point de vue métalinguistique, la faille peut être comprise comme un défaut ou un point faible. La plupart des travaux en linguistique s’inscrivent dans des approches théoriques qui s’appuient toutes sur des axiomes, des principes irréductibles dont la réfutation entraînerait une invalidation de la théorie elle-même. On pourra s’interroger sur les failles théoriques ainsi créées. Par ailleurs, la plupart des approches théoriques en linguistique sont nées de la pensée de linguistes qui ont initialement étudié un phénomène précis avant d’appliquer leurs principes théoriques à d’autres phénomènes. Ainsi, Gustave Guillaume a d’abord étudié l’article en français avant d’élargir ses outils théoriques à d’autres domaines ; les grammaires de construction sont nées de l’étude de certains schémas syntaxiques ; et la théorie de l’optimalité s’est d’abord intéressée à la phonologie avant d’être appliquée à d’autres domaines comme la morphosyntaxe. 

Dans le domaine de la recherche en anglais de spécialité, on prêtera une attention toute particulière aux milieux ou aux discours spécialisés qui résistent aux tentatives de caractérisation. La faille peut également être comprise comme la zone de rencontre entre différents domaines, ou entre différentes méthodologies : on pense aux approches ethnographiques qui interviennent en support d’approches plus classiques, ancrées dans l’analyse des discours spécialisés, ou à la linguistique de corpus. Pour les didacticiens de l’anglais de spécialité, la thématique peut renvoyer aux failles auxquelles est confronté le secteur LANSAD : on questionnera ainsi les pratiques pour renforcer la motivation des étudiants ou les limites des contextes institutionnels.

Les didacticiens trouveront enfin dans la thématique proposée matière à réfléchir aux failles existantes entre les apprentissages formels et informels, et aux pistes qui se dégagent pour une réelle prise en compte des apprentissages informels.  Le thème du congrès leur permettra de s’interroger sur la difficile articulation entre cours en présentiel et cours à distance, et aux potentialités d’un enseignement hybride comme source de renouveau. Ils pourront, pour conclure, s’intéresser aux limites des technologies de l’information et de la communication dans l’enseignement-apprentissage en lien avec la notion de fracture numérique.

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Faults and Fault Lines

The Chaîne des Puys-Limagne Fault has been a geological World Heritage site since 2019. This tectonic arena, or geological extension fracture, resulted in underwater collapse and residual sedimentary rock progressively formed a fertile plain. 

A geological fault line is defined as a break in the earth’s crust. More broadly speaking, that which is related to displacement, divide, split, slippage, rupture or fracture may lead to an irrevocable end, or to closure. Thus, if plate tectonics within a fault zone generate extreme slippage and displacement, disaster may strike. Conversely, ontological regeneration is also practicable when these unstable sites are rich in natural resources (mines, hot springs). In this case, society learns to explore these naturally liminal spaces. 

In Literature, fault lines necessarily evoke the tragic flaws, or weak points, of heroes, those for example of King Lear or Othello, of Victor Frankenstein, of Childe Harold (Lord Byron) or Captain Achab in Moby Dick. This inherent ambivalence in characterisation is symbolic of the slippage between the one and the same, faultless and fallible hero. Literary representations of the breach between appearances and reality though are many—“I am not what I am” affirms Iago in Othello. The gulf between fallible human nature and God’s grandeur (Paradise Lost), extending to the attendant split personalities and internal divisions of common mortals, are all constitutive elements of what may be termed the fault zone. In this context, a discussion of the openings of novels, which all operate a form of fracture or displacement, is of particular interest when the narrative builds on breaks in the narrator’s memory who then invents a past to better manipulate the reader. The concept of fault lines may very easily be taken up in psychoanalytical approaches which address mental illness, but it also engages with the necessity of filling a void where the work itself alerts us to its identity as fiction in, for example, Frankenstein. Ostensibly set in the eighteenth century, the characters quote from a poem written in 1816. The fault line understood as a rupture may be conceptually transposed to a consideration of material gaps within the text: what function may be allotted to lines of separation between paragraphs in fiction, or between verses in poems? Might these be reduced to a simple question of form, or do they figure separations, intervals, markers of growing tension, which ultimately result in upsurge and eruption? Fault lines also invite discussion of the shortcomings of particular texts and works of fiction: are there for example good or bad in-quartos of Shakespearean plays, based on particularly unstable texts? Virginia Woolf, though herself heavily criticized by contemporaries, was nevertheless ruthless when it came to chastising Charlotte Brontë for allowing personal frustration and anger to permeate her work. Furthermore, an unexpected ending may sometimes be considered as a qualitative breach. There is much debate on the rather enigmatic and controversial conclusion to Shakespeare’s Measure for Measure. Two further examples might be the improbable endings of Roxana or Sense and Sensibility. There are though, of course, instances of author-driven “faulty” endings. Fault Lines by Nancy Huston engages with this concerted, deliberate focus on induced gaps. The translation into French of Huston’s work, Lignes de Faille, also clearly leads to a consideration of the issues which arise in Translation Studies. Should a translation bridge gaps and correct putatively averred weak points? Does the target text generate parallel slippages? How are the fault lines in the original reproduced in the translation without being construed as glaring mistakes? In addition, gaps within what Lyotard labels “master narratives” are evocative of epistemological fault lines and of the yawning fractures in the teleological understanding of history. These wide-ranging, generalised approaches may be adapted to close studies of individual works based on scrutiny of postmodern displacement and interpolation of fissured and/or invented tradition. In line with Jean-Loup Bourget’s conceptual focus on norms and margins, Film Studies may work these approaches into an exploration of shifts or breaks in conventional aesthetics which have punctuated the history of cinema, from New Wave to New Hollywood.

With reference to Paul Ricoeur’s La Mémoire, l’histoire, l’oubli (2000), memory lapses, slippages in memorialisation and remembering trauma, are all themes which operate along fault lines and hairline cracks in history and its making. Similarly, the geological fault as a weak point or danger zone, enabling potential collapse, serves as a metaphor allowing insights into not what constitutes the effective or efficient dynamics of politics, war or diplomacy, but rather, what generates failure. What underlying instabilities condemned the marriage of the Prince of Wales and the Infante of Spain to failure, at the beginning of the seventeenth century? What movements and slippages continuously undermined the Northern Ireland peace process until the 1998 Good Friday Agreement? What drives resounding political U-turns which come about after strikes or demonstrations and previously truncated attempts at modifying policy positions? The Brexit referendum is of course of great interest here. What divides undermine putatively firm policy positions? What weaknesses dislocate seemingly certain victories? What fissures explain the collapse of apparently reasoned and coherent economic policy? With reference to state and religion, discussions of the concept of sin, original, mortal, carnal, are productive where moral fractures cause upheaval and displacement. A case in point is The Book of Common Prayer, where this notion figures prominently. At the intersection of Church and State, the Civil War figures a profound national divide, which again in the Book of Common Prayer of 1662 and 1859, is represented as the King’s people having acted together, causing such a rupture. Furthermore, how politicians prey upon social fractures is also significant. British, Australian and American modern-day populist movements indiscriminately target social divides which emerge in public debate on, for example, migrant crises, gender equality, ethnic and sexual minorities. The fault zone is consistently characterised by divides which engender seemingly insurmountable oppositions. Eighteenth-century socio-political rifts were rooted in the absence of political and religious rights for the have-nots. Disraeli’s two-nation abyss as it operates in Sybil, or the Two Nations (1845) allowed British Conservatives to engage interventionist policy in the half-century of laissez-faire between 1840 and 1900. It was these socio-economic breaches which prompted the Liberals, and later Atlee’s Labour party (1945-1951), to foster attempts at bridging the gaps and nurturing national cohesion by constructing the Welfare State. Margaret Thatcher though centred discursive onus on the underclass, the undeserving poor, and meritocracy. In U.S. politics since the 1990s, there is a fault line running between Republicans and Democrats that has created what can be seen as a constitutional crisis since the U.S. Constitution requires comity (willingness to negotiate and compromise) to function properly. While political opposition is a normal part of the system, party obstructionism to this degree has not been seen since the pre-Civil War 1850s. Fault lines thus divide cultures, societies, social groups, citizens, political parties, ideologies and even nations. These societal fractures are exponential in form and content when investigating the nature of fissured and fragmented societies.

Linguistics uses lexical and morphological units, syntactic and prosodic schemas in correlation with specific effects of meaning. When considered as fractures, the flaws may first and foremost be explored through the breaks in prototypical syntactic chains: different information-packaging constructions such as cleft and pseudo-cleft structures, dislocations, extraposition of clausal subjects and/or clausal objects are possible examples. When regarded as ruptures, there is displacement of some constituent situated outside prototypical positions, hence foregrounding terms like “focalization” or “topicalization” in the overall analysis. Syntactic discontinuities or grammatical omissions such as ellipses, where some normally obligatory element of a grammatical sentence is missing and is considered recoverable through the surrounding linguistic units, may also be considered instances of breaks. But in some cases, ellipsis makes it difficult to make up for the missing constituents of grammatical sentences, which then become hard to understand. Addressing these gaps means questioning what can be perceived as (a) missing element(s) in a grammatical structure liable to be filled through deployment of various strategies. When understood  as some ideal presence, this notion of missing units can apply to constructions and phenomena from which zero elements can be singled out. Hence, missing determiners before a countable noun, or some missing object item after a transitive verb, will imply interpretative schemes which consist in making up for the missing element that should have been present initially. Acoustic and prosodic occurrences in Phonetics and in Phonology also interrogate the concept of fault lines where phenomena of rupture of spoken speech through silence or hesitations are specific examples. Paradoxically, these ruptures play an opposite role in the definition of prosodic units or intonational periods: a silence of a certain length will indicate the end of a unit, while a rupture treated as hesitation will be interpreted as a desire to continue the ongoing intonational period. Faults are also cracks on a surface which may or may not be perceived. Utterances, being precisely made up of linguistic units and alternatively punctuated with pauses, formulate a message for the interlocutor to interpret. The interpretative relief of the utterance will allow participants to explore faults from a semantic and pragmatic point of view, and to question the notions of presupposition and implicature. More generally, there could be a focus on all the cases which make use of the hearer’s inferential system, when she or he is faced with misunderstanding, with what is unheard, ambiguous or unsaid, thereby placing the hearer at the centre of a process of semantic reconstruction. Finally, from a metalinguistic point of view, faults can be understood as weak points. Much research in Linguistics is framed by theoretical approaches which all rely on axioms, irreducible principles whose refutation would lead to the invalidation of the theory itself. The theoretical flaws thus created constitute discussion points. Additionally, most theoretical approaches in Linguistics arose from inductive study of a specific phenomenon, before application of ensuing principles to other phenomena. Thus, Gustave Guillaume first studied articles in French before extending his theoretical toolset to other domains; construction grammars emerged from the study of certain syntactic patterns; and Optimality Theory first focused on phonology before it was applied to other domains such as morphosyntax. 

Researchers in Specialized or Technical English may focus on various occupational contexts and on the features of specialized discourse which resist attempts at characterisation. Fault zones can also be understood as areas where different domains or different methodologies meet: this is the case for ethnographic approaches, which come to support more classical frameworks, rooted in the analysis of specialised discourses, or corpus linguistics. In the field of English for Specific Purposes, a focus on possible dips and breaks in student motivation and commitment, and on how possible institutional disregard reinforces these weaknesses, may prove fruitful. 

In the Education Sciences, these breaks within the fault zone may be considered with reference to the variously weighted and perhaps irreconcilable differentiations between the recognition of formal and informal learning processes where the latter require better acknowledgment. How may distance and on-site education principles generate the potentialities of hybrid practice to enhance learning outcomes on both sides of what remains a divide? Other areas of interest involve probing the digital divide, and the virtual and material reach of communication and information technologies.